jeudi 18 juin 2015
LA GUERRE DES SIX JOURS
Auteur : Pierre RAZOUX - Editeur : Economica
Pierre Razoux est un auteur qui se distingue depuis plusieurs années par des études de qualité sur les conflits armés de l'après 1945, surtout ceux qui se sont déroulés au Proche-Orient, une région qu'il affectionne particulièrement. A ce jour, son maître ouvrage est ce livre consacré à la guerre des Six Jours de juin 1967 entre Israël et les pays arabes. L'auteur y décrit les enjeux politiques et stratégiques des belligérants, leur potentiel militaire, les plans mis en œuvre par chaque camp, et le déroulement de la campagne militaire et ses conséquences. On comprend au fil des pages que, malgré une offensive aérienne ayant pris totalement au dépourvu les armées égyptienne et syrienne, les combats terrestres ne furent pas une promenade de santé pour Tsahal, particulièrement à Gaza et en Jordanie.
Une des thèses soutenues par P. Razoux est que l'un des principaux (si pas le premier) facteurs ayant mené Israël à déclencher une guerre préventive contre l'Egypte était d'éviter que la centrale atomique de Dimona (construire par les israéliens dans le but d'y concevoir et fabriquer des armes nucléaires) ne soit détruite par les troupes égyptiennes qui auraient été massées dans le Sinaï en vue d'une offensive vers le Néguev. Il tente d'expliquer également l'incompréhensible attaque aérienne israélienne contre le navire américain USS Liberty en Méditerranée. Bref, c'est le livre de référence en français sur cette guerre.
vendredi 20 février 2015
MILITARIA hors série
Auteur : Yves BUFFETAUT (dessins de Jean RESTAYN) - Editeur : Histoire & Collections
Comme je l'ai écrit dans ma chronique
du livre de Peter Taghon, le monde francophone de l'édition de
livres et revues sur la seconde guerre mondiale s'est mis à
exploiter professionnellement, depuis une bonne vingtaine d'années,
les fonds d'archives photographiques existant dans le monde. Il n'y a
qu'à rentrer dans une librairie aujourd'hui pour constater la
pléthore de magazines (souvent redondants) édités sur le sujet.
Parmi les précurseurs dans le genre, la revue Militaria publie un
hors série trimestriel sur les batailles de la seconde guerre
mondiale depuis le début des années 90. Chaque numéro est consacré à
une bataille ou campagne particulière et est axé sur une reproduction de qualité de clichés
d'époque (une centaine). Il est également agrémenté de planches en couleur des matériels utilisés par les belligérants, réalisées par le talentueux Jean Restayn, qui constituent une excellente base documentaire pour la peinture des véhicules et autres canons. Bien que la série
est censée aborder toutes les batailles entre 1939 et 1945, la
campagne de Normandie revient bien (trop) souvent.
Au niveau des
regrets, il est dommage que les dessins n'incluent pas d'uniformes
et que les fautes de français parsèment régulièrement le texte
(mais ceci est vrai pour la presse spécialisée en général).
LA CAMPAGNE DE L'ARMEE BELGE EN 1940
Auteur : Chevalier Edmond de Fabribeckers - Editeur : Rossel
Voici sans aucun doute le complément
idéal du livre de Peter Taghon décrit ci-avant. Le Chevalier Edmond
de Fabribeckers est un des rares auteurs – sinon le seul - qui
s'est attelé à l'écriture d'une histoire complète de la campagne
de l'armée belge en mai 1940. Paru une première fois en 1974 puis
réédité en 1978, cet ouvrage décrit la situation militaire de la
Belgique, la situation internationale à la veille de la guerre, le
plan de mobilisation de l'armée puis les différentes phases de la
campagne des 18 jours. La lecture du texte (parsemé de quelques
dessins de James Thiriar, plus connu pour ses crayonnés sur la
bataille de Waterloo) est prenante et l'on se rend compte au fil des
pages des conséquences de l'impréparation de l'armée à l'aube de
la guerre. L'auteur égratigne d'ailleurs à plusieurs reprises les
autorités politiques et militaires pour leur imprévoyance et leur
vue à court terme. Au final, ce livre est LA référence sur le
sujet et, à cet égard, on se demande bien pourquoi il n'est plus
édité.
WATERLOO 1815 – Les carnets de la campagne
Auteurs : B. Coppens, P. Courcelle, P. Meganck, J.J. Pattyn, J.P. Tondeur - Editions de la Belle Alliance
Cette série de monographies est à mon
sens le must absolu pour tout amateur de la bataille de Waterloo. Le
principe de cette collection est d'associer un texte de grande
qualité à une iconographie somptueuse. Les auteurs ont puisé dans
les sources de première main, c'est-à-dire les écrits et comptes
rendus des acteurs de la bataille, en les confrontant ou les recoupant
pour essayer de dégager la vérité.
A cela s'ajoutent de
magnifiques reproductions de gravures, dessins, aquarelles et
tableaux et surtout les superbes planches uniformologiques de Patrice
Courcelle, indispensables pour les peintres de figurines.
ATLAS DES GUERRES
Auteurs divers - Editeur : Autrement
Les éditions Autrement ont pris le parti il y a quelques années de traduire une série d'ouvrages anglo-saxons sur les guerres à travers l'histoire, depuis la haute antiquité jusqu'au XXIème siècle. Cette série met l'accent sur la qualité de l'iconographie (illustrations, cartes, dessins). La collection, qui aurait dû compter 24 volumes, a semble-t-il été abandonnée en cours de route ; ainsi, il n'y a pas de volume sur la guerre au moyen-âge, sur la haute antiquité ou sur l'après guerre froide. Chaque album est l’œuvre d'un auteur différent et par conséquent tous ne présentent pas le même intérêt : certains sont très réussis car le texte a pris en compte les recherches historiques des dernières années tandis que d'autres véhiculent encore des idées reçues largement démenties actuellement ou négligent certains aspects de la période traitée. Mes préférés sont ceux sur les guerres de la Renaissance, sur la marine à vapeur et sur les guerres grecques.
Les éditions Autrement ont pris le parti il y a quelques années de traduire une série d'ouvrages anglo-saxons sur les guerres à travers l'histoire, depuis la haute antiquité jusqu'au XXIème siècle. Cette série met l'accent sur la qualité de l'iconographie (illustrations, cartes, dessins). La collection, qui aurait dû compter 24 volumes, a semble-t-il été abandonnée en cours de route ; ainsi, il n'y a pas de volume sur la guerre au moyen-âge, sur la haute antiquité ou sur l'après guerre froide. Chaque album est l’œuvre d'un auteur différent et par conséquent tous ne présentent pas le même intérêt : certains sont très réussis car le texte a pris en compte les recherches historiques des dernières années tandis que d'autres véhiculent encore des idées reçues largement démenties actuellement ou négligent certains aspects de la période traitée. Mes préférés sont ceux sur les guerres de la Renaissance, sur la marine à vapeur et sur les guerres grecques.
MAI 40
Auteur : Peter TAGHON - Editeur : Racine
A partir des années 90, de plus en
plus d'auteurs francophones se sont mis à utiliser les immenses
fonds photographiques de la deuxième guerre mondiale. Jusqu'alors,
contrairement au monde anglo-saxon, les ouvrages en français sur cette
période réutilisaient toujours les mêmes clichés à satiété,
souvent mal reproduits et surtout très mal commentés (situation
géographique et chronologique, unités). Parmi les précurseurs qui
ont commencé à exploiter convenablement les millions de photos
existantes tant dans les archives officielles (bundesarchiv, IWM,
ECPA, etc) que privées, Peter TAGHON, en préparant son livre sur la
campagne de mai 1940 en Belgique, a mis un point d'honneur à
localiser très exactement chaque cliché, n'hésitant pas à se
rendre sur les lieux même de l'action. Par sa connaissance de la
période, du matériel et du déroulement des évènements, et en
sélectionnant de préférence des photos issues de collections
privées d'anciens combattants, il a donné naissance à un ouvrage
de référence qui donne un éclairage unique sur cette campagne.
Il a poursuivi son travail avec deux
autres monographies de grande valeur : une sur la libération de
la Belgique et une sur la bataille des Ardennes. Malheureusement (et
on se demande bien pourquoi), ces trois livres remarquables ne sont
plus édités à l'heure actuelle.
jeudi 19 février 2015
L'INVENTION DE LA GUERRE MODERNE
Auteur : Colonel Michel GOYA - Editeur : Tallandier/collection Texto
Réédition d'un ouvrage paru il y a
quelques années sous le titre « La chair et l'acier »,
« L'invention de la guerre moderne » est une étude de
l'évolution de l'armée française durant la première guerre
mondiale. Profondément marquée par la défaite de 1870, l'armée
française est à la recherche d'une nouvelle doctrine. Dans l'esprit
des militaires français, la défaite contre la Prusse est due
principalement à une culture de la défensive qui prévalait alors.
Les différentes écoles de pensée de l'après 1870 prônent
l'offensive à outrance, au mépris de l'évolution technologique des
armes à feu. On croit dur comme fer aux vertus des charges à la
baïonnette, malgré les enseignements des grands conflits de
l'époque (guerres russo-turque, du Transvaal, de Mandchourie, ...).
Encore faut-il formaliser cette doctrine afin d'instruire les
troupes. Les règlements se succèdent donc à un rythme effréné et
les manœuvres sont organisées pour correspondre à la doctrine, ce
qui aboutit à des exercices totalement irréels, où l'on voit des
vagues de fantassins charger et enlever des positions défensives
garnies de fusils à répétition sans coup férir. Le premier tiers du livre de Michel Goya est
consacré à cette évolution doctrinale (mais vu les qualités
d'écriture de l'auteur, on ne s'ennuie absolument pas), sans
négliger celle des armes (infanterie, cavalerie, artillerie) et des
armements. Il en vient ensuite à la confrontation de la doctrine
avec la réalité de la guerre et au désastre d'août 1914, mais
met aussi en exergue les facultés d'adaptation des troupes
françaises qui leur permettront de vaincre sur la Marne et de
stabiliser le front. Le fil rouge du deuxième tiers de l'ouvrage
reste l'évolution et l'adaptation doctrinale, où l'on comprend que,
jusqu'à l'arrivée du général Pétain à la tête du GQG en mai 1917, « l'offensive à outrance » reste
l'obsession des grands chefs (avec toutefois une adaptation de l'art
opérationnel, de la tactique et des moyens). M. Goya démontre également
l'impact de la guerre des tranchées et des avancées
technologiques (l'industrialisation de la guerre et les innovations
techniques et tactiques, souvent imaginées par les soldats du front)
sur la pensée militaire. La dernière partie du livre nous explique
l'évolution de l'armée sous l'impulsion de Pétain (réorganisation,
instruction, développement des nouvelles armes – aviation, chars)
qui aboutit à la grande armée française de 1918. En conclusion,
« L'invention de la guerre moderne » est un livre
passionnant, qui permet de comprendre les transformations de l'armée
française au cours de la guerre. Loin de s'en tenir à des
considérations théoriques, l'auteur puise tout au long de l'ouvrage
dans les réalités et l'expérience vécues par les poilus pour
élaborer ses thèses. On ressort de cette lecture avec une vision
bien plus élargie de la guerre 1914-18.
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